«Gōrudentaimu no shōhi kigen», un roman pour la jeunesse

Comme vous le savez peut-être, je suis un mordu de littérature, et plus particulièrement japonaise. Ce blog est donc l’occasion rêvée de partager avec vous mes lectures ainsi qu’une partie de l’actualité littéraire au Japon. Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au dernier roman de la jeune et prolifique Shasendo Yuki, «Gōrudentaimu no shōhi kigen», qui vient tout juste de paraître sur l’Archipel et fait l’objet d’excellentes critiques.

La brièveté est sœur du talent

Fumiaki Tuzuki est un lycéen qui a jadis connu la célébrité en tant que romancier prodige malgré son jeune âge, mais qui ne parvient plus à exercer son talent aux suites d’un incident. Tandis qu’il entre dans sa troisième année au lycée et sombre de plus en plus dans la dépression à l’idée que sa vie ne soit dénuée de sens, il se voit soudainement invité à rejoindre le mystérieux Projet Lemimgton. Ce dernier viserait à revitaliser les talents en manque d’inspiration grâce au soutien d’une intelligence artificielle.

Prêt à tout pour retrouver son don pour l’écriture, il se rend au sein d’une installation dans les montagnes où il fait la connaissance cinq autres jeunes qui, comme lui, étaient autrefois des génies les domaines de la cuisine, du violon, du cinéma, de la peinture japonaise et du Shogi. Tous partagent également le même sort que Tsuzuki et ont sombré dans l’incompétence. Durant 11 jours, ils participeront donc au programme, avant de découvrir qu’une réalité beaucoup plus sombre se cache derrière ce geste d’apparence charitable.

Éloge du fouet

Le roman envoie un message fort à la jeunesse: ils ont le droit de choisir comment vivre et d’être fier d’eux-même, y compris s’ils ne disposent pas de talent particulier ou connaissent l’échec. Un pari osé dans la société nipponne, où l’angoisse de la réussite en vue s’élever socialement est déterminante et où la médiocrité n’est que rarement tolérée. On appréciera également la richesse des références de l’auteure, avec en première page, une citation de Truman Capote issue de l’«Éloge du fouet» (Musique pour les Caméléons) :  Quand Dieu te fait ce présent [le don de l’écriture], il te tend en même temps un fouet ; et ce fouet est aux seules fins de l’auto-flagellation.

Third Kitchen, ou la difficulté pour un Japonais de s’épanouir dans un pays étranger.

Paru le 3 novembre dans les librairies japonaises, Third Kitchen narre les aventures de la jeune Naomi, fraichement diplômée de la Tokyo Metropolitan High School. Afin de poursuivre ses études universitaires, elle prend la décision de s’envoler pour les États-Unis. Malheureusement, ses lacunes en anglais font qu’elle parviendra difficilement à se sociabiliser dans un premier temps, jusqu’à sa rencontre avec Andrea, l’une des résidentes du dortoir voisin.

Mais la barrière linguistique ne sera pas le seul obstacle sur la route de Naomi. Le paysage multiculturel de l’université, contrastant avec l’uniformité de l’Archipel, la discrimination, l’importance de la politique, les différences historiques et sociales ou encore les habitudes alimentaires seront autant de freins auxquelles elle devra faire face.

Third Kitchen est donc une fiction qui traite des obstacles et de la difficulté pour un Japonais de s’installer à l’étranger. Son message, positif et encourageant la jeunesse japonaise à surmonter ses craintes pour s’internationaliser, lui a permis de séduire une grande partie du jeune lectorat nippon. En quelque mois, il a acquis la renommée d’un travail formidable à mettre entre les mains de tous ceux qui souhaiteraient étudier à l’étranger ou s’intéresser au monde qui les entoure.

Un mot sur l’auteure

Née dans la préfecture de Kanagawa, Shirao Haruka a grandi à Tokyo. Après avoir été diplômée d’une université américaine, elle est rentrée au Japon et y a travaillé pour une société étrangère dans le domaine du cinéma.
En 2017, elle remporte le Grand Prix Literature Award for Women by Women avec son œuvre «Across the Universe» dont Shion Miura, membre du comité de sélection, se dira touché par son amour de la création.

  • Éditeur : Kawade Shobō Shinsha
  • Date de publication : 3 novembre 2020
  • Langue : Japanonais
  • Format: Tankobon Hardcover (352 pages)
  • ISBN-10 : 4309029256
  • ISBN-13 : 978-4309029252
  • Dimensions : 5.28 x 0.79 x 7.64 inches

Note:

Note : 4.5 sur 5.